A la fin du XIe siècle, l'abbé de Cluny
est à la tête d'environ mille monastères
en France mais aussi en Italie. L'abbaye possède alors
le plus grand domaine viticole de Bourgogne qui s'étend
sur Pommard, Beaune,
Auxey, Santenay,
Givry et même en Côte
de Nuits.
En effet, le Clos Prieur et la Combe aux moines à
Gevrey doivent leurs noms à l'uvre des "
moines noirs " de l'abbaye de Cluny. Ainsi, pendant plus
de cinq cents ans, le rôle des moines clunisiens est
essentiel pour le vignoble bourguignon.
Mais en raison de son enrichissement, Cluny est largement
critiquée et inspire un important mouvement de réforme
du monachisme en Europe.
1084 : Bruno Hartenfaust s'établit au cur
des Alpes pour y créer l'ordre des Chartreux. Son fondement
repose sur un retour à plus d'austérité,
de silence et de vie contemplative. Les moines vivent en ermites.
Vers 1200, une quarantaine d'établissements ont déjà
adopté la règle de la Chartreuse.
Au XIIIe siècle, l'ordre des Chartreux s'implante
à Beaune. Il y reste jusqu'à la Révolution
Française de 1789. Outre les vins de Cahors, ils s'efforcent
de mettre en valeur le vignoble de Châteauneuf-du-Pape
et d'autres domaines dont certains sont situés en Bourgogne.
Mais malgré cette retenue, l'ordre fondé par
Saint-Bruno ne fait pas obstacle à un enrichissement
notable du patrimoine vinicole français.
1098 : Avec la volonté d'un retour à
une observation plus stricte de la règle de Saint-Benoît,
Robert de Molesme fonde l'abbaye de Cîteaux.
A l'inverse des clunisiens, les moines cisterciens cultivent
eux-mêmes leurs domaines car leur spiritualité
est basée sur l'équilibre entre la prière
et le travail manuel.
Si la règle de Saint Benoît autorise les moines
à consommer une ration quotidienne de vin, la culture
de la vigne a surtout des raisons de prestige et de rayonnement
économique. A une époque où les abbayes
sont autant d'étapes pour les voyages et pèlerinages,
il est habile d'avoir réputation de bonne table pour
attirer à soi les visiteurs de prestige. Ceux-ci ne
manqueront pas de laisser de riches aumônes pour prix
du gîte et du couvert... Le vin des moines de Bourgogne
est également utilisé à des fins diplomatiques
: des envois gracieux permettent d'entretenir les relations
avec les grands de toute l'Europe : papes, rois, princes,
ducs, évêques...
S'attirant les faveurs des grands seigneurs, les premières
vignes leur sont données à Meursault par le
duc de Bourgogne Eudes 1er. Ce premier don est situé dans la parcelle du
Clos des Corvées.
1096-1290 : les communautés religieuses en
Bourgogne bénéficient de nombreuses donations
de seigneurs partis en croisade en contrepartie de leur protection
spirituelle. Durant cette période elles étendent
considérablement leurs vignobles.
1100 : Cîteaux reçoit des terres à
Vougeot que les moines s'attachent à mettre en valeur.
1132 : Naissance de l'abbaye de Maizières,
à proximité de Beaune, descendante du mouvement
cistercien.
Au XIVe siècle :
L'installation des papes à Avignon favorise le développement
de la viticulture en Côte d'Or.
D'ailleurs, selon certains auteurs comme le poète
Pétrarque, les papes restent en Avignon en raison de
leur goût prononcé pour le vin de Beaune,
nom que l'on donne encore à cette époque aux
Grands Vins de Bourgogne.
Parallèlement, le développement de circuits
commerciaux profite à la culture de la vigne et par
conséquent aux vins de Bourgogne. C'est aussi l'époque
des grandes foires internationales où différentes
marchandises transitent entre le Nord et le Midi, par voies
terrestres et fluviales.
A cette époque, Beaune s'affranchit et prend son essor
commercial. Bois et landes cèdent la place aux plantations
de vignes. Le vignoble prend une extension considérable.
Entourées de murets de pierres sèches, les propriétés
viticoles adoptent le nom de " clos ".
1330 : les cisterciens entourent leur domaine de Vougeot
d'un mur de pierre afin de lui donner une identité
précise. Leur domaine s'étend alors sur toute
la Côte.
1348 - 1360 : à la suite des épidémies
de peste, la population ecclésiastique, entre autres,
est décimée.
En raison de la raréfaction de la main d'uvre,
il faut alors s'orienter vers la qualité plutôt
que vers la quantité. C'est pourquoi, les moines cisterciens
perfectionnent les techniques de conduite de la vigne et les
pratiques de vinification, amendent les sols et sélectionnent
les cépages.
Le succès grandissant des cisterciens inspire d'autres
religieux tels que :
- les religieux de Vergy qui créent le Clos Saint-Denis
à Morey Saint Denis,
- l'église paroissiale de Santenay qui crée
le Clos Saint-Jean à Chassagne-Montrachet,
- les religieuses de Notre-Dame-de-Tart qui délimitent
le Clos de Tart,
- le chapitre de la cathédrale de Langres qui donne
naissance au Clos du Chapitre.
1361 : La mort du duc Philippe de Rouvres ouvre une
nouvelle époque, âge d'or de la Bourgogne. La
dynastie des Valois de Bourgogne va créer, de Philippe
le Hardi à Charles le Téméraire, un véritable
État princier, le " Grand Duché d'Occident
".
1443 : Sous le règne du Duc Philippe le Bon,
construction de l'Hospice de Beaune, magnifique représentant
du style dit " burgondo-flamand ", et qui marque
toujours de nombreux toits de la région.
1477 : A la mort de Charles le Téméraire,
Louis XI s'empare du duché de Bourgogne.
A cette époque, l'annexion du duché coupe la
Bourgogne des riches tables de Flandre. La quantité
prend le pas sur la qualité, le gamay supplante le
pinot. Les guerres de Religion et la mode du vin d'Espagne
provoquent l'éclipse passagère des vins de Bourgogne.
1482 : Le duché de Bourgogne est définitivement
intégré au domaine royal. Dépossédée
de ses droits, la fille unique de Charles le Téméraire
épouse Maximilien d'Autriche et lui apporte ses biens,
dont le Comté de Bourgogne.